Rouge. J’accepte le carton sans protester. Trois mois d’absence, trois mois
sans la moindre ligne. Alors pour ce qui est de l’assiduité, je repasserai. Pour ma défense, mon quotidien à Port Douglas n’a rien de semblable à un dimanche matin à Vern d’Anjou…
Trois mois que j’enfile ma combinaison de surfeur chaque matin. Non pas que
mon corps se soit transformé en Brice couleur anis, mais plutôt que l’appellation de mon lieu de travail se nomme « Surf Club ». Mon job : kitchen hand. En français dans le texte,
aide-cuisinier. Boulot sympa, ambiance sympa. Le tour de la question est fait, épisode suivant.
Celui-ci s’inscrit sur la côté Est sous une dizaine de jours. Port Douglas au
départ, Sydney à l’arrivée. Ca va envoyer du pâté. Projection faite, il sera temps de penser à finir en beauté. Thaïlande ? Malaisie ? Nouvelle Zélande ? Les idées fusent, les
finances feront le reste…
Newsletter courte, mais les courgettes m’attendent. C’est déjà l’heure de
retourner dans ma cuisine.
Une saison estivale qui décolle timidement au pays, Federer qui s’envole Porte d’Auteuil, un avion d’Air France qui se volatilise dans les
airs brésiliens, des Bleues au septième ciel du basket européen… Et moi qui plane à des années lumières de cette actualité haletante. Dieu sait si, en France, j’ai les pieds poites dès lors
qu’un événement sportif m’échappe. Ici, j’ai les mains moites dès lors que la télé s’allume. On évolue drôlement, sans le savoir, sans le vouloir.
Marne-la-Vallée s’invite à la fête
Un tel changement est le résultat de 4800 kilomètres de road trip sur la West Coast de l’Australie. Au départ de Dunsborough début juin, je
quitte un endroit qui m’est devenu trop familier. Mais passage obligé pour argent économisé, pour anglais amélioré. Direction donc le Nord du pays, aux côtés d’un couple d’amis aussi frenchy
que bibi. L’automobile pour nous conduire : une rutilante Ford Falcon 4l, bien entendu équipée d’une boite de vitesses automatique, le standard « feignasse » des voitures
aussies. Les premières centaines de kilomètres sont englouties rapidement, la faute à une météo capricieuse qui alterne le chaud et le froid, le vent et la pluie. Notre premier stop s’effectue
au National Park de Yanchep. Pas énormimisme, mais dépaysement et vivification garantis après trois mois de plottage de poulets. L’occasion de se confronter à une flone (compression
faune-flore) exotique dans un environnement flirtant avec la pureté parfaite. La destination suivante nous emmène au désert des Pinnacles, à quelques 200 kilomètres au Nord de Perth. Ce lieu
abrite sur un vaste plateau dunaire des monolithes de sédiments calcaires sculptés par l’érosion, dont les plus haut peuvent atteindre quatre mètres. Ces piliers, similaires dans leur forme aux
menhirs gaulois, ont environ 30 000 ans et sont progressivement dévorés par la pluie. Un spectacle étonnant, détonnant et étonnamment payant. Non pas que je rechigne à débourser les 10$
par voiture, mais le principe de devoir stopper sa voiture à une barrière de péage puis suivre un chemin pré-tracé en font plus une attraction aperçue du côté de Marne-la-Vallée qu’un site
historique comme il se doit. Passons…
Kalbari, le petit Karijini
Sur certaines portions de routes que nous empruntons, un triste paysage s’offre à nous. Celui d’un véritable cimetière à kangourous. Par
centaine, ils jonchent les bas côtés pour le plus grand bonheur des corbeaux et rapaces locaux. Cela nous rappelle à la prudence dès que le soleil se couche. Malgré le temps frais et nuageux,
nous faisons une halte au Kalbari National Park. Après coup, vraiment pas une mauvaise idée… Car le spectacle offert est sans commune mesure avec ceux précédemment observés. Le long de la
Munchinson River, des gorges profondes de 200 mètres rugissent de part leur coloration rouge vif. Il faut rester solide sur ses appuis pour ne pas succomber à la force naturelle qui nous
entoure. Nous sommes définitivement rien face à notre très chère Terre. Une nuit passée dans la voiture et nous posons nos backpacks sur la plage de Monkey Mia. Réveil matinal - 5h30 –
obligatoire si nous voulons observer la parade quotidienne de quelques dauphins à quelques mètres de nous. La tête dans le pâté, la bouche pâteuse et les yeux empâtés, les premiers ailerons
aperçus dans la pénombre nous confortent dans le bon choix de s’être levés de si bon matin. Site préservé, il nous est interdit de nager à leurs côtés. Partie remise. Pour info, pour approcher
les 25 mètres de plage sillonnées par les quelques dauphins, une modique somme de 10$ par voiture nous est demandé. Business is business…
Une nuit complètement dingo
Nous le savions avant notre départ, le moment fort du road trip approche. Il porte le doux nom de Karijini National Park. Connu pour ses
paysages captivants dans une région vieille de 2500 années, ses cascades, ses gorges et ses gouffres en font l’un des plus beaux parcs nationaux d’Australie. Deux jours durant, nous nous
délectons de ce décor pittoresque à travers randos et pauses baignades dans les nombreux points d’eau naturels. Et que dire de se faire réveiller au beau milieu de la nuit par les éternuements
bruyants de dingos postés à quelques dizaines de mètres de notre campement… 600 kilomètres plus au nord, Broome, cité balnéaire au charme évident. N’ayant fait aucun extra depuis le début de
notre périple, on en profite pour lâcher nos biffetons dans une soirée dès plus… fougueuse. Au petit matin, la plage de Broome - Cable Beach - est idéale pour évacuer notre éminente
veisalgie. S’en suit un trajet jusqu’à Darwin quelque peu copieux en kilomètres, sans avoir le loisir de nous échapper de la route principale car étant équipés d’une Ford avec, certes, une
certaine patate, mais cependant pas assez chevronnée afin d’arpenter les pistes australiennes. Nous passons donc à côté de nombreuses réserves aborigènes.
Qui sait, partie une nouvelle fois remise…
Après une semaine passée à Darwin, qui en passant, n’a rien d’exceptionnelle comme toute les villes aussies, je mets le cap à l’Est
direction Cairns. Ou plus exactement Port Douglas (70 km au Nord de Cairns). J’envisage d’y poser mon backpack et y trouver un job pour deux petits mois. Ce qui signifie de nouvelles journées
en prévision à déposer CV et montrer sa ganache le plus fréquemment possible. Loin de me réjouir à l’idée d’affronter cela, j’aborde cette situation avec un max de sérénité, l’expérience de mes
premiers mois dans un coin de ma tête.
Retour sur l’actualité : le 20 janvier dernier, les medias ont fait leurs gros titres avec l’investiture de Barack Obama à la Maison pour
le coup moins Blanche. Et ce défi que lui lance la planète entière : 100 jours pour convaincre. Aujourd’hui 30 avril, l’heure du bilan des trois premiers mois du chef de la tribu
« Monde » a sonné. Bilan positif, certains experts politiques le qualifiant même de meilleur bilan à ce stade d’une présidence depuis Franklin Roosevelt. L’intéressé se dit lui-même
« fier mais pas satisfait ».
20 janvier, 100 jours, bilan… Voici là des termes qui me sont également familiers. De ma nausée imprévue aux abords du métro de Sydney à ma
passion grandissante à choyer des poulets décharnés, plus de trois mois se sont écoulés en Australie. L’occasion de s’arrêter sur le court chemin parcouru, mais aussi de songer au chemin à
parcourir.
Le backpacker, la belle surprise
Hormis à la Société Générale où seul le négatif peut être retenu, tout bilan implique des points positifs et négatifs. Ne dérogeant pas à
cette règle, je me lance.
La gentillesse et la générosité des Australiens ne sont plus à démontrer.Je l’avoue, j’étais un peu sceptique quand, de France, j’entendais les compliments débordants à propos du peuple australien. Même s’il y a des cons
partout, je peux vous assurer qu’il y en a trois fois moins en Australie. Exemple à mon travail : comprenant une commande sur dix à mes débuts, je gagnais mon pari (chose rare) si je faisais
répéter la commande charabiesque de mon interlocuteur au maximum trois fois. Au lieu de me prendre un mur de parpaing comme cela aurait été le cas en France (expérience qui parle), ce sont
surtout un flot de sourires et de compréhension qu m’est venu en retour. Cette amabilité trouve sa source dans l’approche de la vie adoptée les Australiens : un stress minimum pour profiter
des instants présents au maximum. Par les temps qui courent, on devrait tous en prendre de la graine.
Des paysages irréalistes. Si la nation australienne ne peut pas se
targuer d’abriter sur son sol la Tour Eiffel, la grande Muraille de Chine, la pyramide de Kéops ou tout autres monuments historiques, elle peut néanmoins faire la belle grâce à sa richesse
naturelle de son territoire. Bien qu’ayant séjourné la plupart du temps dans des espaces urbains depuis mes débuts, les quelques fois où j’ai pris la route m’ont rendu accro aux paysages de carte
postale qu’offre l’Australie. La Great Ocean Road (cf : newsletter et vidéo 4) dévorée, les paysages désertiques avalés, je n’ai qu’une hâte, celle de reprendre la route avec mon sac à
dos.
Les très bons côtés de la vie en backpacker.100 jours écoulés et autant de nuits passées sur les lits superposés des divers backpackers que j’ai sillonné. Dans mon imaginaire d’avant
départ, je me voyais pas plus de 15 jours en auberge de jeunesse, connaissant mon caractère un chouya solitaire. Finalement, j’en suis à mon deuxième mois passé dans une seule et même auberge de
jeunesse sans que cela me pose le moindre tracas quotidien. Bien au contraire, car c’est un lieu qui n’a pas son pareil. Les cinq continents sont réunis dans un seul endroit pour partager des
moments d’échange, de franche rigolade et des apéros bien achalandés. Mine de rien, des liens se créent et les travellers solitaires que nous sommes au départ forment rapidement une grande
famille, avec ses joies et ses engueulades évidentes. En clair, une sacrée mais bonne surprise pour moi.
L’Union Jack omniprésent
Un fort sentiment patriotisme qui me dérange :« L’Australie, tu l’aimes ou tu la quittes… »Je me souviens encore de ma
réaction estomaquée lorsque j’ai croisé un ado, puis une femme et enfin un sexagénaire portant le même tee-shirt au slogan patriotique le 26 janvier dernier, jour de l’Australian Day (14 juillet
local). Si en France ce slogan fait débat (à juste titre) car propriété du parti du borgne puis repris par Talonnettes man lors de la dernière campagne présidentielle, il en est tout autre ici.
Comme dans tous les pays anglo-saxons, on est fier de son pays et on le montre. De l’ostensibilité, à la limite de l’ostentation. Les six étoiles et l’Union Jack du drapeau australien sont à coup
sûr un marché prolifique tant ils fleurissent ici et là dans le paysage urbain. Et cet élan de patriotisme révèle à mon goût un manque d’ouverture. Les discussions avec les Australiens auxquelles
j’ai la chance d’être confronté à mon travail se soldent quasiment à chaque fois par la même impression. Celle que l’Australien se souci peu du monde qui l’entoure et que ses préoccupations ne
dépassent pas les frontières nationales. « Réveille-toi, Aussie… »
Des paradoxes que je ne m’explique toujours pas. De drôles de
constats m’amènent à m’interroger sur le bon fonctionnement cérébral des autorités australiennes. D’un part, la politique concernant la lutte contre l’alcoolisme des jeunes ou moins jeunes
(cf : newsletter 2). Basée sur un tas d’interdiction et donc totalement désinstructive, elle incite la population à consommer plutôt qu’à bien se comporter. Un paradoxe qui en rejoint un
autre, celui de la prévention routière. Bien qu’ayant la réponse à cette question (alcool fortement taxé donc recettes supérieures pour l’Etat), je vous la pose quand même : comment lutter
contre l’alcool au volant quand à côté de cela le gouvernement autorise la vente d’alcool… au volant ? Car ce qu’il faut savoir, c’est que tel le Mac Drive chez nous, l’on peut commander sa
bouteille de whisky sans bouger ses fesses d’automobiliste. Et je ne vous parle même des routes de campagnes limitées à 110 km/h… Où l’art de scier la branche sur laquelle on est assis.
Concernant ma vie actuelle, rien n’a changé. Mon lieu de travail est toujours le petit commerce de poulet-frites. La saison est finie, le
nombre d’heures qui me sera imposé dans les prochains jours devrait considérablement se réduire. J’attends de voir encore 10 jours suivant le prochain planning horaire, puis je prendrai la
décision de quitter ou non Dunsborough pour reprendre le chemin de la route, qui me manque énormément.
Si je regarde en arrière, je reste donc agréablement surpris par le chemin parcouru depuis le 20 janvier. La similitude entre l’actualité
d’Obama, toute proportion gardée, se poursuit ainsi par l’appropriation de ses propos : je suis fier de ce que j’ai déjà réalisé seul, mais pas encore satisfait…
Sinon, vous l’aurez compris, le concept de la photo du jour est tombé à l’eau. Prenez cette expression au sens propre car, comme je vous l’ai
précédemment annoncé, mon appareil photo a pris un bain dans l’océan Indien. Voilà le pourquoi de ce silence radio de ces derniers jours et le mode « pause » de mon blog. Avec toutes
mes excuses.
Profitez de la vie avant que la vie profite de vous.
Devant le tolle general suite a la publication de la photo du 8/04, je tiens a formellement retablir la verite.
Le bronzage agricole est a mettre a l'actif de ma passion devouee a l'autoderision ainsi qu'au ridicule.
Mon cher et tendre Photoshop est ainsi par la.
Les reactions de certains ont ete a la hauteur des mes attentes.
Et pour les esprits tordus, Photoshop n'a en aucun cas apporte sa pierre a l'edifice sur cette nouvelle photo...
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